Mot du Président

Article 32 : dés lors qu’il a accepté de répondre à une demande, le médecin s’engage à assurer personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués, et fondés sur les données acquises de la science, en faisant appel s’il y a lieu, a l’aide de tiers compétents.


Que sont donc ce que l’on nomme les données acquises de la science ?
 

La notion de science …

C’est avant tout la volonté de savoir.

La connaissance scientifique se veut rigoureuse et se dote de garanties théoriques (faisant appel aux concepts et aux axiomes) et empiriques (sur des notions renvoyées par la pratique)

Ainsi donc la science n’est par essence pas consensuelle mais en controverse permanente. Cela justifie des débats nombreux et permanents, mais entre personnes compétentes dans le domaine exploré.

Ce savoir est-il crédible ?

A cet effet, il doit être contrôlé par la communauté scientifique et mis à l’épreuve des faits. Il ne prétend qu’à une vérité transitoire. Le savoir n’est donc pas définitif (cela exclut de fait le concept de croyance).
 

La notion d’acquis …

C’est ce qui constitue le savoir ou l’expérience d’un individu.

Il y a un concept d’apprentissage. De plus les acquis sont des mécanismes complexes ne survenant jamais de façon isolée. Il existe un continuum mouvant lié à l’évolution de la physique et de la chimie appliquée à la médecine. Cette notion de temporalité conditionne les acquis nouveaux en modifiant les anciens mais sans les annuler. C’est cette coexistence compliquée qu’il faut gérer. Ce sont, de fait, des apprentissages complexes différant en tout des phénomènes de mémorisation. Il ne s’agit pas de « recracher des connaissances » mais d’avoir un savoir adapté au patient et à sa maladie à un temps T.

On ne peut proposer de « traitement miracle » mais des thérapeutiques éprouvées. Le soignant est, de fait, soumis à une autre temporalité qui l’oblige à donner une réponse immédiate à une demande urgente. C’est cette réponse qui l’engage et doit être argumentée sur des bases solides. Ces bases ne peuvent être que pragmatiques (fonction d’études et de l’expérience du praticien), et non des spéculations hasardeuses.

Seul le chercheur peut s’inscrire dans une modélisation différente : il explore les champs des possibles et différentes hypothèses. Il a « la vie devant lui » et peut se donner le temps de la réflexion, des controverses, des échecs, des avancées … etc.

Le soignant, lui, ne peut pas mettre en jeu la vie du patient, et doit tout faire, au maximum de ses moyens, pour le « tirer du mauvais pas » de sa maladie. La seule exigence est de vaincre le mal, le plus efficacement possible, sans attendre, et, en toute humilité.

C’est cela qui fonde notre utilisation quotidienne des acquis de la science, et par là notre devoir de médecin traitant.
 

Docteur Michel BACQUART.